Bâtir un Internet agentique ouvert : lisible, découvrable, accessible et payable

Jack Galilee, Will Papper et Andrew Galloni

Lecture : 12 min.

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Nos données indiquent qu’une grande partie du trafic généré par des bots légitimes consiste à récupérer une nouvelle fois des pages qui n’ont pas été modifiées. Des milliards de requêtes, d’immenses efforts réalisés par des machines, sans aucun résultat : c’est la signature d’un web conçu pour les humains, mais consulté par d’autres entités.

Les agents sont ici – et ils n’incarnent pas un nouveau type de logiciel, mais un nouveau type de visiteur sur Internet.

Le web redessiné autour de ce nouveau visiteur est ce que nous appelons l’Internet agentique. Nous voyons son avenir comme un espace lisible, découvrable, appelable et payable. Et pour concrétiser cet avenir, il doit disposer d’outils et de protocoles spécifiques.

La plateforme pour développeurs de Cloudflare a offert un environnement d’exécution pour les agents, ainsi que les premiers outils nécessaires à leur développement. Ce qui manque, ce sont des outils qui permettent aux agents et aux propriétaires de domaines de coopérer, plutôt que de s’opposer – sur l’Internet ouvert, et pas seulement sur une même plateforme.

Tous les navigateurs se sont toujours identifiés sur Internet avec un en-tête appelé « User-Agent ». Ce nom ne prenait tout son sens que lorsque vous compreniez que le navigateur agissait en votre nom. Désormais, un agent utilisateur est véritablement un agent de l’utilisateur : un programme qui récupère des contenus web pour le compte d’un opérateur humain. Aujourd’hui, dans sa forme la plus aboutie, c’est un agent de codage qui lit et écrit du code, extrait les documents dont il a besoin et ne voit jamais les pages qu’il lit.

Un agent n’exécute pas votre CSS, ne voit pas votre image principale et ne clique pas sur vos publicités. Toutefois, à l’autre bout de la chaîne se trouve un utilisateur humain disposant d’un moyen de paiement. Désormais, chaque requête coûte de l’argent à quelqu’un et répond à un objectif précis. Si vous bloquez l’agent, vous bloquez votre client ; et si vous traitez l’agent comme un bot d’extraction de contenu, vous perdez votre client.

Chaque agent existe parce que quelqu’un, qu’il s’agisse d’un opérateur humain ou d’une entreprise, paie pour utiliser ses services. La plupart des utilisateurs ne dépensent pas des jetons juste pour le plaisir. Cette version d’Internet, où chaque requête aboutit à un résultat et à une facture, ne ressemblera en rien à celle que nous connaissons aujourd’hui.

L’Internet n’a pas été conçu à cette fin, pas plus que vos outils d’analyse de données ; et, dans la plupart des cas, votre modèle opérationnel non plus. La manière dont les agents lisent, découvrent, appellent et paient déterminera si l’Internet restera ouvert ou s’il sera fermé. Dans une vision de l’avenir, une poignée d’infrastructures interconnectées contrôlent la découverte, l’identité et les paiements, et tous les autres acteurs transitent inévitablement par eux. Dans un autre scénario, l’Internet reste ouvert : des composantes primitives reposant sur des standards que chacun peut mettre en œuvre, qui s’exécutent sur une infrastructure neutre, puisque le code est public.

Cloudflare croit en l’Internet ouvert, et nous sommes en position de contribuer à construire un futur où cette version d’Internet pourra prospérer.

La partie orange représente les bots qui récupèrent à nouveau du contenu n’ayant pas été modifié depuis leur dernier passage. Un effort machine que le propriétaire du domaine a payé pour servir et que l’agent a payé pour effectuer, sans le moindre résultat pour l’un comme pour l’autre.
La partie orange représente les bots qui récupèrent à nouveau du contenu n’ayant pas été modifié depuis leur dernier passage. Un effort machine que le propriétaire du domaine a payé pour servir et que l’agent a payé pour effectuer, sans le moindre résultat pour l’un comme pour l’autre.

Les spécifications sur lesquelles nous nous appuyons sont des standards ouverts que chacun peut mettre en œuvre : x402, MCP, Web Bot Auth, PACT. Les propriétaires de domaines choisissent eux-mêmes leurs fournisseurs d’identité, leurs prestataires de paiement et leurs partenaires agents. Cloudflare est une option parmi d’autres, pas l’ensemble de l’infrastructure. Nous sommes le « client zéro » des infrastructures qu’utilisent nos clients ; nous ne bénéficions d’aucun accès privilégié et ne disposons d’aucune API en accès anticipé à laquelle nous seuls aurions accès. C’est le travail que nous accomplissons depuis quinze ans pour l’Internet humain, et c’est celui que nous avons l’intention de mener à bien pour l’Internet agentique.

Ce n’est pas l’aspect technique qui retiendra l’attention des utilisateurs de l’Internet agentique. Ils découvrent un nouvel environnement, et ils le jugeront de la même manière qu’ils ont jugé Internet : en évaluant s’il est meilleur. Si la recherche et la réservation d’une table ne nécessitent qu’un échange, plutôt que neuf ; s’ils savent à qui ils ont affaire, ou s’ils peuvent effectuer un paiement en confiance.

Notre philosophie : un Internet agentique lisible, découvrable, appelable et payable

Tout commence par l’identité. Web Bot Auth permet à un bot de s’identifier de manière cryptographique auprès de tout site qu’il visite, afin que les éditeurs puissent choisir qui ils souhaitent accueillir ou non ; ainsi, fini les conjectures et fini les agents utilisateur falsifiés. De nombreux sites connaissent déjà l’identité de l’utilisateur humain à l’origine d’une requête, grâce à ses identifiants de connexion, à son comportement dans l’application ou à son historique d’achats. Ce site peut alors délivrer des jetons PACT (Private Access Control Tokens). Annoncé en partenariat avec Mozilla, Google, Microsoft et Shopify, le standard PACT permet aux sites de se porter garants de manière anonyme, afin que l’agent puisse présenter le jeton ailleurs. Les agents légitimes bénéficient ainsi d’un accès plus fluide aux services désirés.

Alors, nous pouvons alors faciliter le travail d’un agent. Markdown for Agents permet aux agents de lire les sites web en consommant moins de jetons et moins de bande passante, tandis que WebMCP leur offre un moyen natif d’interagir en votre nom. Enfin, des standards tels que x402 leur permettent de payer directement les revendeurs.

La lisibilité est une notion simple. Les agents IA peuvent-ils lire le contenu d’une manière qui leur est propre et qui tire parti de leurs atouts ? Moins un agent consomme de bande passante et de jetons, mieux c’est. Chaque balise HTML affichée à l’intention d’un utilisateur humain qui ne la consultera jamais représente non seulement un gaspillage de puissance de calcul, mais aussi une pollution de la fenêtre contextuelle, que l’agent doit ensuite payer pour ignorer. Markdown for Agents résout ce problème côté serveur.

Côté client, nous avons abordé le développement d’un navigateur en considérant les agents comme des utilisateurs à part entière. Notre nouveau navigateur, Kitesurf, est suffisamment léger pour fonctionner sur des instances Workers, déployées à chaque requête, puis aussitôt supprimées. Il fournit le contenu et les fonctionnalités que requièrent les agents, sans les données superflues propres aux navigateurs traditionnels, conçus pour être utilisés par des opérateurs humains.

La découvrabilité est le point de départ de chaque événement économique sur l’Internet agentique. Avant qu’un agent puisse lire une ressource, appeler un outil ou payer une transaction, il doit savoir que cette ressource existe. La recherche n’est qu’une partie du problème, car les agents doivent trouver ce dont ils ont besoin via des interfaces conçues spécialement pour eux, plutôt qu’au travers d’un champ de recherche par mot-clé destiné à un utilisateur humain, qui tape lentement et parcourt les pages de résultats en diagonale. La fonction AI Search est disponible aujourd’hui, permettant de rendre n’importe quel site public consultable par des agents.

La capacité d’être découvert constitue l’autre partie du problème. Les créateurs de contenu et les propriétaires d’API doivent savoir dans quelle mesure ils sont visibles par les agents. Le service d’optimisation pour moteurs d’agents (Agent Engine Optimization, AEO) mesure la visibilité d’une marque auprès de l’ensemble des modèles et des agents qui comptent. Si vous n’êtes pas visible de manière mesurable par les agents qu’utilisent vos clients, vous êtes concrètement hors ligne pour eux. 

C’est la caractéristique appelable qui permet aux agents de commencer à agir : réserver une table, renouveler un abonnement ou extraire un rapport. Sur l’Internet humain, ces tâches sont toutes différentes en apparence, car elles ont été conçues pour des opérateurs humains, qui cliquent dessus via des interfaces utilisateur. Un agent qui tente d’ajouter un élément à une liste de tâches doit analyser le code HTML, deviner quel bouton correspond à l’action « Ajouter », générer un clic et espérer que le modèle d’objet de document (Document Object Model, DOM) n’a pas été modifié depuis sa dernière consultation de la page.

WebMCP permet à un site de présenter directement ses actions aux agents via le navigateur :

document.modelContext.registerTool({
  name: "add-todo",
  description: "Add a new item to the user's active todo list",
  inputSchema: {
    type: "object",
    properties: {
      text: { type: "string", description: "The todo item text" }
    },
    required: ["text"]
  },
  async execute({ text }) {
    await addTodoItemToCollection(text);
    return { content: [{ type: "text", text: `Added: "${text}"` }] };
  }
});

Le « contrat » de l’outil devient explicite : plus besoin d’analyser le code HTML ni de deviner les champs de formulaire. Puisque les outils s’exécutent directement dans la page, ils réutilisent la session et l’état existants de l’utilisateur. Et Code Mode va encore plus loin. Les agents raisonnent en code, et l’appel d’outils par l’écriture de code s’avère plus rapide et plus précis que le langage naturel. Puisque les agents interrogent directement des points de terminaison, au lieu d’extraire des informations de pages web, le propriétaire du contenu dispose d’une indication claire concernant les contenus qui sont réellement utilisés. 

Enfin, la caractéristique payable constitue, selon nous, l’avenir de l’Internet agentique. Toute transaction économique nécessite, à un moment ou à un autre, un moyen de paiement. Les modèles basés sur la publicité sont en train de s’effondrer ; quant aux modèles fondés sur les licences utilisateur, ils ne fonctionnent plus lorsque l’utilisateur est un programme informatique. Les éditeurs dont nous dépendons tous ne peuvent pas se financer avec des consultations de pages qui n’ont jamais lieu et des navigateurs qui n’affichent pas leurs publicités. 

En revanche, un site de recettes qui n’a jamais été rentable grâce à la publicité peut facturer une fraction de centime par requête et devenir rentable à l’échelle de l’Internet agentique. Un journal local peut concéder des licences sur ses articles au moment de la lecture, sans accord de licence préalable ni identifiant. De l’autre côté, l’agent se présente avec un portefeuille et un budget établi une fois pour toutes par un utilisateur humain. 

Chaque interaction payante entraîne la création d’un reçu. L’éditeur peut prouver quel agent a consulté quelle page. L’agent peut prouver qu’il a payé les ressources qu’il a utilisées. Les portefeuilles Wallets permettent aux agents de payer facilement le contenu et les API, tandis que Monetization Gateway permet aux propriétaires de domaines d’accepter les paiements d’agents en quelques clics.

Cloudflare se situe intrinsèquement au cœur de cet écosystème. Nous jouons déjà un rôle d’intermédiaire entre des milliards d’internautes et les sites qu’ils consultent, en les protégeant, en les accélérant et en garantissant leur disponibilité. Les agents modifient la nature du trafic, mais pas celle de notre activité : nous constituons la couche neutre et performante sur laquelle les éditeurs, les revendeurs, les développeurs d’agents et les utilisateurs finaux peuvent tous compter pour agir dans leur intérêt, et non chercher à les concurrencer. 

Nous voulons donner aux propriétaires de domaines les outils nécessaires pour leur permettre de valoriser les agents IA qu’ils souhaitent soutenir et de bloquer ceux dont ils ne veulent pas. Un outil pour développeurs a tout intérêt à devenir compatible avec les agents pour inciter les agents IA à le découvrir, à le recommander et à le payer. Un éditeur peut vouloir bloquer les agents IA extractifs, qui consomment des ressources sans rien donner en retour, tout en autorisant les ceux qui utilisent son contenu sous licence ou le rémunèrent. Un fournisseur de données à but non lucratif peut vouloir bloquer les bots ou les utilisateurs qui dépassent ses plafonds de requêtes, tout en leur permettant de payer pour lever le blocage et en utilisant ces fonds pour couvrir la surconsommation de ressources.

Les bots sont morts, longue vie aux bots

La frontière entre un bot et un humain n’est plus aussi nette. Il ne s’agit plus simplement d’opposer les mauvais bots et les bons humains, ni de dénoncer les bots qui dilapident des ressources destinées à être consommées par des opérateurs humains. C’est une vision dépassée, qui n’a plus sa place dans le monde des agents.

Nous considérons les agents comme un nouveau type d’acteur. Leurs actions peuvent être bénéfiques, par exemple, lorsqu’ils lisent du contenu de manière à préserver les ressources, interagissent avec les sites web conformément aux consignes des propriétaires de domaines et paient pour les ressources qu’ils consomment. À l’inverse, leurs actions peuvent être préjudiciables, comme lorsqu’ils extraient des millions de pages sans contrepartie, tentent de contourner des blocages ou ignorent le fichier robots.txt. Nous pensons que bon nombre de ces comportements préjudiciables diminueront, voire se transformeront en actions bénéfiques, si nous fournissons aux humains et aux bots les outils pertinents.

Combler le déficit de recettes

Cloudflare possède des années d’expérience dans la détection des bots, et permet désormais aux propriétaires de domaines de reprendre le contrôle de l’accès des bots à leur site. Il manquait cependant l’autre volet : la manière dont les agents interagissent avec ces sites une fois qu’ils ont l’autorisation d’y accéder. C’est la finalité de cette suite d’outils agentiques : rendre le web lisible, découvrable, appelable et payable. Ces quatre composantes fondamentales reposent toutes sur des standards ouverts ; ainsi, aucune entreprise ne détient l’infrastructure. 

Un Internet agentique ouvert nécessite de la diversité des deux côtés ; pas seulement chez les éditeurs et les créateurs de contenus, mais également du côté des agents. Si la demande se trouve concentrée entre les mains de quelques acteurs, peu importe à quel point l’offre est ouverte : l’Internet demeurera un jardin clos.

Nous bâtissons cette alternative ouverte. Rejoignez-nous en préparant votre site pour les agents grâce à notre nouveau tableau de bord, et inscrivez-vous pour suivre l’actualité d’Answer Engine Optimization, notre solution d’optimisation pour moteurs de réponses. Que vous gériez un site ou un agent, vous pouvez expérimenter toutes ces nouvelles technologies d’Internet dans notre environnement AI Playground.